Sommaire du N°92

6 TRIBUNE LIBRE

La ballade du gaz-à-bulle

8 TRAJECTOIRE

Marielle Blanchier : profession mère de famille

12 CRÉATION D’ENTREPRISE

Ô Château : le bon vin – pour tous

16 IDÉES

Loi Copé-Zimmermann : « À quand le lady boom ? » 

18 L'INVITÉ

Xavier Delom de Mézerac

Stratégie d’un distributeur devenu une grande multinationale tout en préservant ses valeurs familiales

23 INTERNET

Enjeux et opportunités

31 LUXE

Un secteur qui résiste à la crise

48 MOUVEMENTS

Nominations, On en parle dans la presse

62 CAMPUS

Global alliance

Enquête 1er emploi

Chaire Produits de grande consommation :

lancement du grand prix de la distribution responsable

La chaire Innovation thérapeutique est en bonne santé

Cérémonie de remise des diplômes à la promo ESSEC 2011

71 ALUMNI

Valeurs, services, réseaux, échanges,

vie de l’Association et des Cl

96 A LIRE

 

 

 

Reflets N°92 - Editorial

Quand les poches sont vides

Florin Aftalion, professeur émérite à l’ESSEC

James Tobin, un professeur d’économie américain lauréat du prix Nobel, avait imagine en 1972 de taxer toutes les operations de change. Il pensait de cette manière ralentir la spéculation sur les devises. Mais le monde s’est complexifié depuis cette époque et, avant de mourir, Tobin s’est désolidarisé de ceux qui utilisaient son nom pour évoquer une taxe devenue antiéconomique, contreproductive et difficile à appliquer. D’ailleurs, preuve de son absurdité, la Suède qui l’avait adoptée a vite fait machine arrière. Ce qui n’a pas empêché la Commission européenne, à la demande de Sarkozy et Merkel dont on attendait davantage de clairvoyance, de l’envisager à son tour.

Le but annoncé serait, en élargissant l’assiette de cette nouvelle Taxe sur les transactions financières (TTF) à pratiquement toutes les opérations financières, de décourager celles d’entre elles tenues pour responsables de la crise actuelle en même temps que de collecter au minimum 57 milliards d’euros.

Avec tout le respect dû à la Commission européenne, rappelons que ce sont les obligations émises par les États de l’eurozone et détenues par nos banques qui fragilisent leur bilan, et que ce sont nos responsables politiques qui, avec les accords Bâle II, ont encouragé la détention de ces obligations. Mais passons sur les vrais responsables de la crise des dettes souveraines. Observons plutôt que si jamais la TTF était appliquée, sa répercussion financière sera plus lourde que ne prévoient ses promoteurs. En effet, il faut savoir que sur les marchés, chaque opérateur fait office de « teneur de marché ». Il doit donc donner une fourchette de prix à chaque fois qu’il est sollicité et ensuite, éventuellement, effectuer l’opération décidée par sa contrepartie. Ce qui, en modifiant sa position, l’oblige à son tour, pour la rétablir, à appeler un autre opérateur, et ainsi de suite. Les enquêtes montrent que sur le marché des changes, à chaque intervention autonome correspond une dizaine d’opérations de réajustement. Ceteris paribus, le coût de la taxe serait pour cette raison décuplé ! À moins que le nombre des transactions ne se réduise du fait de leurs coûts, ce qui rétrécirait l’assiette de la taxe tout en rendant les opérations plus chères pour les utilisateurs finaux (exportateurs, importateurs, investisseurs, entrepreneurs, etc.). De plus, les marchés perdraient une partie de leur liquidité, ce dont pâtiraient également les utilisateurs finaux.

Mais les effets pernicieux de la TTF ne s’arrêteraient pas là. Si elle était décidée, le gros des transactions visées migrerait vers les places qui ne l’imposeraient pas, telles que New York et Singapour. Et des 55 milliards rêvés, il ne resterait pas grand-chose dans les poches de la Commission. Alors, si la TTF ne peut atteindre les objectifs annoncés, pourquoi veut-on l’imposer ? Ignorance ou duplicité ? L’explication la plus bienveillante à l’égard des responsables européens (qui dans le passé ont maintes fois donné la preuve de leur désintérêt pour les analyses économiques) serait qu’ils comptent tirer un bénéfice politique de leur proposition (les électeurs sont très remontés contre la banque et la finance) tout en escomptant qu’in fine la TTF soit rejetée. Une explication plus cynique et plus réaliste serait qu’à bout de ressources, les dirigeants de l’eurozone sont prêts à tout dans le seul but de trouver de l’argent.